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Teacher Newsmagazine Volume 18, Number 7, May/June 2006

Devrait-on laisser un élève en immersion s’il éprouve des difficultés ?

Par Karina Younk

Comme orthopédagogue, parents et enseignants cherchent mon avis sur cette question. Je déteste quand on me demande si un élève devrait quitter l’immersion pour aller en anglais, car c’est une décision importante. Selon mes propres expériences et sachant que chaque enfant développe selon son propre rythme et ce rythme ne correspond pas exactement aux résultats d’apprentissage prescrits, je voudrais tellement pouvoir me fier sur un outil d’évaluation fiable avant de jouer avec le destin d’un jeune. Mais hélas ! La réponse à cette question n’est pas facile à trouver.

J’enseigne en immersion depuis plus de vingt ans. Dès ma première année d’enseignement (en 3e année), j’ai dû faire face à cette question avec trois élèves : Marie, Jeannine et Jérémie (pas leurs vrais noms) et ces trois élèves m’ont fait comprendre que chaque individu doit être considéré dans son propre contexte. Pour Marie, c’était sa première année en immersion et mes collègues me disaient : ´ Elle n’a pas d’affaire dans ta classe ! Elle aurait dû commencer en maternelle ou en première année ! ª Ayant débuté ma propre expérience en immersion à l’âge de 20 ans, j’avais un peu de difficulté à justifier leur argument. Donc, Marie est restée, malgré les difficultés qu’elle a connues cette année-là puis elle est aujourd’hui enseignante en immersion. Je suis extrêmement fière d’elle et de ma décision de la garder dans ma classe.

Mais avec Jean j’étais convaincue que la décision de sa mère de le changer de programme était logique, car Jean avait un problème d’ouïe. Comme il n’entendait pas bien les sons, nous voulions lui faciliter la tâche en lui faisant apprendre dans une seule langue. L’année suivante, Jean éprouvait autant de difficulté en anglais, mais il venait me voir à toutes les récrés pour me parler en français. Encore aujourd’hui je ne suis pas certaine que nous avons pris la bonne décision - il y avait sûrement d’autres moyens de l’appuyer.

Jeannine éprouvait des difficultés en lecture, en maths et en écriture tout au long de la 3e année. Mais lorsqu’elle me parlait, il n’y avait aucun doute qu’elle maîtrisait la langue. Elle a utilisé ses habiletés langagières pour convaincre ses parents qu’elle avait besoin d’une autre année en troisième pour mieux apprendre ses concepts de base. Vous pouvez bien imaginer la discussion mouvementée que j’ai eue avec ses parents lorsque j’ai essayé d’appuyer sa décision ! Mais Jeannine a gagné sa bataille et l’année suivante elle était une des douées en troisième.

Aujourd’hui, je continue à chercher des outils d’évaluation pour appuyer mes suggestions devant des parents inquiets. Ayant demandé à mes collègues ce qu’ils utilisaient, j’ai appris que nous faisons tous nos propres outils d’évaluation ou parfois nous nous mettons ensemble pour en faire, mais personne n’est satisfait avec son outil de dépistage. Les observations des enseignants et des parents restent encore nos outils les plus fidèles.

Auparavant, j’utilisais le French Immersion Achievement Test (FIAT) en 7e année pour appuyer mes suggestions aux parents, mais j’avais toujours de la difficulté à accepter qu’une faute de grammaire pouvait pénaliser un élève dans le test d’orthographe. Si un enfant écrivait ´ ils ont chercher ª au lieu de ´ ils ont cherché ª, c’était considéré comme une faute d’orthographe. Récemment, j’ai appris que le WIAT (Wechsler Individual Achievement Test) existe maintenant en français. Mais je crains qu’il soit plus approprié pour les élèves francophones que pour nos élèves en immersion. Comme ce sont des anglophones, on peut aussi administrer le WIAT en anglais. Mais puisque nos élèves en immersion ne commencent à étudier l’anglais qu’en troisième année, ce n’est pas réaliste de penser que les sous-tests d’orthographe, de lecture et d’écriture vont livrer des résultats aussi fiables que pour leurs pairs en anglais. Puis, avec l’accent sur l’intervention précoce, attendre jusqu’en 4e année pour évaluer un élève en difficulté est inacceptable.

Donc, avec les jeunes on se fie sur La collection de livrets de lecture GB+ pour dire si un enfant lit au niveau approprié. Le seul hic c’est que, d’une école à une autre, les niveaux varient et il n’y a pas d’échelle commune. Il faut aussi reconnaître que cette trousse est une traduction de l’anglais et que les textes traduits, tels Perdu au centre commercial (Lost at the Mall) ne représentent pas nécessairement le même degré de difficulté de décodage. De plus, si on lit la structure des questions de compréhension, on voit souvent que les élèves se perdent dans la question, même s’ils ont bien compris le texte. Si un enfant n’a jamais eu l’occasion de parler d’une dépanneuse ou des patins à roues alignées, c’est certain que le texte risque de le confondre.

Chaque année de nouveaux Marie, Jean et Jeannine m’obligent à lutter à nouveau avec cette question : devraient-ils rester en immersion ou changer en anglais ? Chaque année je voudrais un outil diagnostique valable pour les élèves en immersion. Chaque année, je retourne voir les enseignants, les élèves, les parents et on jongle avec la question pesant les arguments en faveur et contre. Puis, chaque année, quand la décision est prise, je me mords le bout des doigts en espérant que nous avons pris la meilleure décision. Selon moi, pour appuyer un meilleur dépistage et un meilleur succès des jeunes en immersion, les ministères de l’Éducation devraient travailler ensemble pour parrainer le développement des outils diagnostiques et les mettre à la disposition des écoles d’immersion.

Synopsis Should a student who is experiencing difficulties in the French immersion program leave the program? Ministries of Education need to work together to sponsor the development of diagnostic tools specifically designed for French Immersion programs.

Karina Younk, Enseignante aux services d’appui à l’école Quarterway, Nanaimo.



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